A MEDITER

Escalade dans le mât

 L’aventure qu’il ne faut jamais vivre en solitaire

Ce mardi 8 août 2006 à 15h30 (TU+2), 2 jours après le départ, pendant le retour de la DINARTICA (Iles Lofoten-Dinard) en solitaire, à bord du trimaran 50’ NEGOCEANE (nom de baptême BRANEC IV) au milieu de la mer de Norvège, la grand-voile s’est retrouvée sur le pont suite à la rupture du brêlage  « poulie tête de mat-grand voile ».
Avec un léger vent d’W (force 1), route au 180° et une petite houle résiduelle de NW je décide donc de monter en tête de mât (le mât dispose de petites échelles de mât) avant l’arrivée du mauvais temps qui engendrera des vents d’E.
Je m’équipe d’un baudrier (sangle ventrale et sous-cutale), d’un casque et d’un mousqueton de retenue de sécurité.
L’ascension, sous Solent tribord amures et vitesse du trimaran d’environ 2 nds, s’effectue sans problème jusqu’à mi-parcours (le mât ayant une longueur de 22m et 4 étages de barres de flèches).
La suite de la montée est de plus en plus périlleuse. Suite à une panne de vent (normale avec l’inversion des systèmes météo) le trimaran se balance d’un flotteur sur l’autre avec parfois de violents coups de rappel provoqués par la houle résiduelle.
Après la 4ème barre de flèche il n’y a plus d’aide à la montée (genre bastaques, drisses ou autres) excepté la drisse de spi sur laquelle est greffée le mousqueton de sécurité.
Après une légère pause sur cette dernière, je décide de continuer mon ascension vers la tête de mât (environ 4m), malgré les violents coups de rappel…
A 2 mètres du sommet, je suis déséquilibré et c’est la CHUTE (rectangle noir et rectangle blanc puis enfin vision du pont qui est vert (trampoling)).
Le mousqueton a fait son office et me retrouve suspendu dans le vide, tête en bas, et retenu uniquement par les 2 sous-cutales qui continuent de glisser doucement et s’arrêtent enfin, aux genoux qui se plient à grande vitesse…
Quelques rétablissements plus tard et me voilà de nouveau assis sur ce nid providentiel qu’est cette 4ème barre de flèche.
Après quelques moments de repos, quelques essais, hésitations en attendant que la houle se calme, peur, nombreuses contusions et blessures, torsion du genou et muscles tétanisés à force d’essayer de se maintenir collés au mât, je décide de descendre. Il est alors 19h 30 …
C’est par un léger vent d’E qui vient de se lever, sous Solent au près pour éviter ces fameux coups de rappel et recevant la petite houle 3 /4 arrière (qui s’est assagie) que je repars à l’assaut du fameux mât malgré quand même quelques appréhensions et mon mal à marcher dû au genou qui a terriblement souffert dans la chute.
L’ascension est beaucoup moins rapide que précédemment, mais je décide quand même de continuer et réussis enfin à capeler un long bout pour descendre cette poulie.
A 23h 30 la grand-voile est rehissée.
Le bonhomme est épuisé, blessé et contusionné mais superbement heureux de pouvoir faire avancer de nouveau sa machine…
Ce fut la plus grande frayeur de ma vie avec celle de 1993 à bord de BRANEC pendant la « Transquadrasolo ».

Fait à bord de NEGOCEANE le 11 août 2006 au large des Hébrides.

Roger Langevin.

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